
Les efforts de prévention de la démence privilégient les facteurs relevant du comportement individuel et négligent les conditions sociales et environnementales qui peuvent fortement pourtant déterminer la santé cérébrale. C’est la conclusion de cette étude menée à la Curtin University (Australie). L’analyse, publiée dans le Lancet Public Health plaide pour une approche en population générale, sans opposer les 2 registres, responsabilisation et santé publique.
La démence touche environ 57 millions de personnes dans le monde, une prévalence qui devrait atteindre 139 millions en 2050. En Australie, lieu de cette étude, la démence est devenue la première cause de décès.
Face à cette progression, les messages de prévention se sont multipliés : bouger davantage, bien manger, maintenir ses liens sociaux, contrôler sa tension et son audition. Ces recommandations ont un point commun : elles s’adressent à chaque individu, acteur de sa propre santé.
Demander des choix sans en créer les conditions
L’étude a recensé 61 facteurs de risque et de protection potentiellement modifiables, puis examiné la façon dont la prévention les prend en charge. L’analyse révèle que :
- l’accent porte massivement sur les facteurs relevant de la motivation individuelle et du changement de comportement ;
-
les influences sociales et environnementales reçoivent beaucoup moins d’attention ;
- parmi celles-ci figurent l’éducation, le logement, la sécurité du quartier, l’accès aux soins, la qualité de l’air et les liens sociaux ;
- les données s’accumulent pourtant sur le poids de ces facteurs dans la capacité des personnes à protéger leur santé cérébrale.
L’auteur principal, le Dr Jennifer Dunne, du Dementia Centre of Excellence de la Curtin University, critique : « Si nous nous concentrons principalement sur le comportement individuel, nous risquons de demander aux gens de faire des choix plus sains sans traiter l’environnement public qui rend ces choix possibles ».
Il n’est donc pas question de renoncer à la sensibilisation et aux conseils mais il est clair que beaucoup des facteurs qui déterminent le risque de démence ne relèvent pas uniquement du contrôle individuel : le lieu de vie, l’éducation reçue, l’accès aux soins, l’air respiré, et les conditions sociales et économiques traversées au cours de l’existence.
Quelles implications ? La prévention devrait soutenir les choix favorables à la santé tout en améliorant l’éducation, les quartiers et l’accès aux soins, à l’échelle de la population et tout au long de la vie.
C’est donc bien un appel pressant à des politiques publiques permettant voire si possible, facilitant ces choix.
Conseiller un mode de vie sain ne suffit pas quand les conditions ne sont pas là.
Source: The Lancet Public Health September 9, 2026 DOI: 10.1016/S2468-2667(26)00171-4 Beyond individual-level approaches to dementia prevention: a socioecological reappraisal
