
Alors que plus de 40 % des adolescents américains rapportent des sentiments persistants de tristesse ou de désespoir, l’érosion du soutien de la famille et de la communauté contribue significativement à la crise de santé mentale des enfants et plus largement des jeunes, explique le chercheur Kenneth Barish, professeur clinique de psychologie au Weill Cornell Medicine (New York). Fort de 40 ans de pratique clinique et d’une large revue de la littérature en neurosciences et en développement de l’enfant, l’auteur nous explique comment les grands-parents pourraient jouer un rôle protecteur central en fournissant aux plus jeunes, écoute, encouragement et sens de la vie, au-delà de la simple réussite individuelle.
La crise de santé mentale des adolescents est désormais reconnue comme un enjeu de santé publique majeur. Les facteurs structurels dont la pression de réussite individuelle, l’effritement des liens communautaires et familiaux, l’accès réduit à des adultes de référence stables, sont de mieux en mieux documentés.
De précédentes recherches ont montré que l’empathie, les comportements d’aide envers autrui et le bénévolat sont associés à une meilleure estime de soi, moins de dépression, une meilleure réussite scolaire, une meilleure fonction immunitaire et une vie plus longue.
Cet ouvrage argumente que les grands-parents et la famille élargie constituent une ressource thérapeutique sous-estimée dans la réponse à cette crise de santé mentale. L’auteur, Kenneth Barish, professeur de psychologie au Weill Cornell er membre de l’American Psychological Association, déclare :
« Les enfants ont besoin de grands-parents, et ils en ont toujours eu besoin.
La pression intense pour la réussite individuelle conduit à des taux élevés d’anxiété, de dépression et d’abus de substances. La réussite individuelle seule est une source fragile de motivation et d’effort, avec un coût élevé en anxiété et stress ».
L’analyse identifie plusieurs mécanismes par lesquels le soutien des grands-parents et de la famille élargie protège la santé mentale des enfants :
- l’effritement du soutien familial a contribué à une individualisation croissante de la société et à l’érosion des valeurs de bienveillance et d’attention aux autres, en particulier chez les plus jeunes ;
- les grands-parents fournissent ce que l’auteur appelle des « molécules de santé émotionnelle », des moments d’écoute et d’encouragement qui renforcent le système immunitaire émotionnel et la résilience des enfants et des adolescents ;
- le fait qu’un adulte puisse écouter et comprendre constitue la meilleure protection
« contre les pathogènes émotionnels rencontrés tout au long de l’enfance » ;
- le problème le plus fréquent observé en clinique n’est pas l’excès de félicitations et d’encouragements mais la critique involontaire et répétée, qui engendre ressentiment et défiance plutôt que motivation ;
- valoriser l’effort plutôt que l’intelligence ou le talent, favorise la résilience vs la fragilité ;
- enfin, aider les enfants à développer un sens du but et un sens à la vie, au-delà de la réussite personnelle, via le bénévolat, la bienveillance et l’attention aux besoins des autres, est au moins aussi important que le suivi et le succès académiques.
Quelles implications ? Ces observations cliniques, soutenues par la littérature publiée sur le sujet, plaident pour une réhabilitation du rôle des grands-parents et de la famille élargie dans les stratégies de prévention de la santé mentale des enfants et des adolescents.
Ces conclusions invitent également à revoir les messages culturels dominants sur la réussite individuelle.
Source: Book: The Art and Science of Parenting and Grandparenting, Kenneth Barish, PhD, Weill Cornell Medicine — Taylor & Francis Group, 2026
Plus sur : La Santé mentale des jeunes
